Conférence d’ouverture : Michel Sasseville et la philo pour enfants

Synthèse de la conférence, par Esther Frigon, étudiante à la maîtrise en sociologie, Université d’Ottawa

Michel Sasseville propose d’emblée de faire de la philosophie avec les jeunes afin de créer avec eux une communauté de recherche pour améliorer leur capacité à apprendre. Cette approche serait ainsi en mesure de préparer les jeunes à devenir membre de la société, c’est-à-dire de bien fonctionner, de bien écrire, de bien écouter, etc.

Il présente ensuite 2 objectifs à la philosophie pour enfant :

  • Apprendre à penser par et pour soi-même, et ce, avec les autres.
  • Développer une société démocratique. (apprendre à vivre en démocratie)

Qu’est-ce que la démocratie ?

Selon Sasseville, le concept de démocratie doit dépasser la notion de pouvoir. Il propose une définition qui renvoie à une manière de vivre (liberté et égalité) et à une forme de société qui favorise la discussion et la collaboration.

Il cite John Dewey pour appuyer ses propos présentant la notion de démocratie comme la capacité de communiquer librement et de pouvoir collaborer avec les individus au quotidien. Les objectifs de la philosophie pour enfant sont donc :

  1. Coopération : entraide entre les individus, distribution du travail. (Cela revient au principe de démocratie, c’est-à-dire de pouvoir collaborer).
  2. L’écoute active pour comprendre et entrer dans l’univers de l’autre. De cette manière, la personne cherche à se changer pour saisir le message de l’autre grâce à une certaine ouverture d’esprit, réflexion et sollicitude.
  3. Développer une pensée critique pour être en mesure de construire des critères pour juger, évaluer les raisons et comprendre les différences contextuelles.
  4. Pensée créative demande d’imaginer un autre monde, avoir un souci des conséquences et une considération de l’histoire.
  5. Humilité épistémologique, autocritique, autocorrection, objet commun, etc.

Concrètement Sasseville propose d’initier les jeunes à la philosophie de la manière suivante :

  1. Organiser la classe en cercle afin que tout le monde puisse se voir
  2. Faire lire à voix haute une histoire pour favoriser une expérience commune dans la classe. À tour de rôle, chacun lit une partie de l’histoire pour créer un contexte commun. Il s’agit alors d’une expérience éthique puisque les enfants doivent respecter le temps de parole de chacun. Ainsi, il y a une distribution du travail égalitaire et une reconnaissance de la différence.
  3. 3. Les élèvent posent ensuite leurs questions. L’intérêt des enfants est alors le point de départ de la réflexion. Ce type d’expérience permet de partager l’ignorance ou encore de formuler un appel à l’aide.

Par cette approche, il est alors possible de créer une communauté de recherche.

Qu’est-ce que cela demande ?

  • Rigueur
  • Logique formelle et informelle
  • Sophismeà pouvoir se défendre contre la manipulation
  • Habileté de recherche
  • Dialogue, c’est-à-dire comprendre ensemble dépasser le niveau de la conversation

 Il poursuit en affirmant qu’il est nécessaire d’établir un climat de :

Respect : des personnes, des idées et des outils.

Confiance : de soi-même, des autres et de la communauté.

Liberté : de penser par ou pour soi-même, et ce, avec les autres.

Incertitude : étonnement, doute, pédagogie du questionnement, apprendre en le faisant, vivre l’expérience de la création, etc.

Ainsi, cette communauté de recherche permet de construire une réflexion en groupe par rapport à un intérêt commun. Cette co-construction du savoir favorise une diversité de points de vue, de style de penser et de manière de voir le monde.

Confrontation empreinte de sollicitude à collaboration à pensée active

Délibération à argumentaire à pensée critique

Rigueur et imagination à construction de la pensée créatrice 

Donc, la collaboration et la délibération sont les éléments centraux à cette communauté de recherche. Dans cette optique, la notion de débat est proscrite puisqu’elle ne favorise pas la co-construction d’un savoir. Elle cantonne et oppose des idées de façon à rendre difficile l’élaboration de solutions. Bref, la délibération s’avère un instrument capable de développer les habiletés nécessaires à la création de sens.

En terminant, il propose la question suivante : si la philosophie est pratiquée régulièrement à l’école, dès la maternelle… À quel âge on devrait avoir le droit de voter ?