BLOC 3 : Discussions

Synthèse d’une discussion en petit groupe, par Mathieu Samson-Savage, étudiant au doctorat en sociologie, Université d’Ottawa

 

« Quels savoirs pratiques, expérientiels ou théoriques nous manque-t-il pour mieux savoir comment éduquer à la citoyenneté? »

 

Composé de professeurs et d’intervenants en milieu communautaire, un des groupes de discussion s’est surtout concentré sur les manques en milieu scolaire. La discussion a permis d’identifier des manques au niveau de la formation des professeurs, de l’encadrement de ces derniers à l’école, et dans la composition des curriculums. La discussion autour de ces manques a mené à une discussion sur la place de l’éducation à la citoyenneté dans le système scolaire actuel.

 

L’idée même de l’éducation à la citoyenneté a été intuitivement associée par le groupe à la communication de sujets tabous et délicats avec les élèves en milieux scolaires. Des sujets, comme l’homosexualité, sont parfois abordés en classe. La manière dont ils devraient être abordés n’est pas toujours claire pour les professeurs.

 

Certains professeurs ne sont pas confortables avec ces sujets. Certains sujets sont controversés dans des familles et non dans d’autres. Ceci peut apporter des conflits entre les professeurs et les familles. Dans le but d’éviter les plaintes et par peur de ne pas être appuyé par la direction de l’école, il y a des professeurs qui évitent certains sujets. Ceci permet à ces derniers d’éviter d’avoir à justifier des propos qui pourraient être une source de conflit et qui pourraient mener à des conséquences professionnelles. Ceci a pour conséquence de former des tabous en salle de classe et a une incidence sur l’éducation à la citoyenneté que reçoivent les jeunes.

 

C’est dans cette optique que le groupe de discussion a affirmé qu’il existe beaucoup de manques. Selon eux, ces manques sont surtout au niveau institutionnel. Le contexte dans lequel opèrent les praticiens ne serait pas propice à une éducation à la citoyenneté ouverte et qui favorise le développement d’un esprit critique.

 

Un premier manque existerait dans la formation des professeurs. Selon le groupe, il devrait y avoir un cours qui traite explicitement des questions d’éducation à la citoyenneté lors de la formation universitaire. Pour le moment, ces questions sont reléguées à un statut secondaire pour être intégrées à d’autres cours, comme la philosophie, par exemple. Il ne s’agit jamais d’un élément central.

 

Un deuxième manque serait dans l’encadrement des professeurs à l’école. L’appui institutionnel pour aborder des sujets tabous varierait de manière significative entre les écoles. Selon le groupe de discussion, le déploiement d’un projet d’éducation à la citoyenneté pourrait être aidé si les directions scolaires l’encadraient et que les professeurs savaient qu’ils avaient l’appui de leurs supérieurs.

 

Lors de la discussion, ce dernier manque semblait être un symptôme d’un manque au niveau du curriculum dans l’encadrement de l’éducation à la citoyenneté. Il existe plusieurs sujets qui ne sont pas encadrés par les curriculums et qui peuvent susciter des conflits. Dans plusieurs cas, les professeurs qui désirent aborder ces sujets le font à l’aide de réseaux informels. Cependant, sans que ces sujets ne soient encadrés par le curriculum, les praticiens ne peuvent savoir qu’ils seront appuyés par l’institution au cas où des conflits avec les parents surviennent.

 

L’encadrement de l’éducation à la citoyenneté par les curriculums permettrait de justifier les choix et les actions des professeurs. Il permettrait aussi d’aller chercher de l’appui des directeurs et des autres dirigeants scolaires pour faire de l’éducation à la citoyenneté. C’est ultimement ce qui offrirait le plus d’outils pour aborder des sujets tabous en classe sans craindre de subir des conséquences.

 

Ceci dit, certains bémols ont été apportés à l’idée selon laquelle l’encadrement par les curriculums pourrait résoudre les problèmes rencontrés par les praticiens. Il a été évoqué que le curriculum est le résultat d’une démarche politique. Perçu comme colonialiste par certains, le contenu présenté dans ces derniers représente des réalités particulières choisies par les dirigeants, et en ignore plusieurs autres. L’exemple de cours d’histoire présentés selon la perspective des colons a été mentionné. Les professeurs soucieux des faits iront chercher le matériel source pour présenter une perspective critique de l’histoire à leurs élèves. Par manque de temps, et par crainte de conséquences, la plupart ne feront pas l’effort, par contre.

 

Une autre question évoquée est celle de la volonté des milieux politiques de former des citoyens critiques, capables de troubler l’ordre établi. Est-ce que les gouvernements veulent réellement ceci? Veulent-ils motiver les jeunes à participer à des mouvements sociaux qui troublent l’ordre, par exemple? Poser ces questions semble y répondre.

 

 

Synthèse d’une discussion en petit groupe, par Martine Rondeau, étudiante à la maîtrise en sociologie, Université d’Ottawa

 

« Quels savoirs pratiques, expérientiels ou théoriques nous manque-t-il pour mieux savoir comment éduquer à la citoyenneté? »

 

En termes de savoirs pratiques pour l’éducation à la citoyenneté, nous notons l’importance du milieu scolaire et éducatif- après tout, l’école est un microcosme de la société. Ayant plusieurs enseignants à notre table, ceux- ci discutèrent principalement d’un manque d’une formation concrète : ils sont très peu formés et outillés à éduquer la citoyenneté à leurs étudiants.

 

En ce qui concerne les savoirs expérientiels, nous discutons d’un manque d’importance accordée à la variable de la diversité d’une part, et de crédibilité aux jeunes d’autre part. Pour une éducation à la citoyenneté propice et efficace, il est important de prendre en considération la diversité qui existe auprès des citoyens et valoriser davantage l’impact des jeunes. La proposition d’un forum par et pour les jeunes – c’est- à- dire organisé, dirigé et fréquenté par les jeunes – fut suggérée.

 

Quelques éléments sont soulevés par rapport aux savoirs théoriques. Notamment, en lien avec l’éducation à la citoyenneté, il manque des recherches concrètes et documentées, une absence de l’interdisciplinarité, une possibilité d’intégrer les outils et les trucs, et la nécessité d’avoir des compétences transférables.