BLOC 2 : Discussions

Synthèse d’une discussion en petit groupe, par Mathieu Samson-Savage, Mathieu Samson-Savage, étudiant au doctorat en sociologie, Université d’Ottawa

 

Qu’est-ce qui manque dans les pratiques existantes à l’école et à l’extérieur de l’école?

 

La question du rôle de l’école dans l’éducation à la citoyenneté et des manques dans les écoles et à l’extérieur a fait suite à un panel sur la question « Quelles sont les pratiques d’éducation citoyenne, les lieux institutionnels et non institutionnels où elles se déploient, et les formules innovantes qu’elles emploient? » Au cours de ce panel, plusieurs projets intéressants ont été présentés, notamment par la ville de Gatineau qui intègre une commission jeunesse à son système de représentation municipale. Plusieurs manques ont été identifiés, surtout en ce qui a trait à la validation des projets par les institutions scolaires et la communauté.

Dès le début de la conversation, les membres du groupe ont mentionné que beaucoup de beaux projets sont entrepris et que beaucoup de travail est fait autour des questions d’éducation à la citoyenneté. Plusieurs exemples de projets, tels que des simulations électorales, des ventes de produits équitables, ou des projets de conscientisation sociale sont mis sur pied par les écoles en collaboration avec des organismes de bienfaisance. Il ne manquerait donc pas de bonnes idées et de volonté de la part des professeurs.

Le problème avec ces projets serait qu’on ne leur donne généralement pas de suites, car il n’existerait pas suffisamment d’espaces pour le partage des idées et des efforts. Ceci est expliqué par les membres du groupe comme un symptôme d’une implication à géométrie variable des professeurs. En d’autres mots, ce serait toujours les mêmes professeurs qui mettraient ces programmes sur pied et qui y contribueraient.

Cette implication variable serait la conséquence d’un manque institutionnel d’estime pour ce type de projet. Relégués à un statut secondaire, n’ayant pas les dimensions pédagogiques (ou « utiles ») des autres matières scolaires, les projets d’éducation à la citoyenneté ne commanderaient pas le même respect dans les milieux scolaires. Certains disent que c’est pour ces raisons qu’il y aurait un manque d’appui des institutions scolaires, et que les professeurs peuvent les entreprendre sur une base volontaire. Ce serait des projets d’ordre symboliques dont les résultats ne seraient pas un souci.

Un autre manque identifié est dans les fondements mêmes des projets entrepris. Selon le groupe de discussion, les projets viennent généralement du haut et sont imposés sur les jeunes. N’étant pas puisés dans les mouvements jeunesse, ces projets présenteraient une perception des jeunes comme des consommateurs d’éducation plutôt que des partenaires dans leur formation. Des projets qui répondent aux inquiétudes des jeunes sont suggérés pour les impliquer comme partenaire.

Ceci dit, un membre du groupe a soulevé le fait que les projets d’éducation à la citoyenneté sont souvent organisés en opposition aux structures et institutions sociales déjà en place. Plutôt que d’apprendre à intégrer les institutions déjà en place, les jeunes seraient donc poussés à les concevoir de manières négatives. Ceci suppose qu’il y aurait des différences entre les générations, et pourrait en mener à croire que ces programmes peuvent être liés à un désengagement social et à la perception négative de l’engagement dans les structures en place.

À l’extérieur de l’école, certains ont évoqué le manque d’intérêt et d’appui de la communauté pour de tels projets. Selon le groupe, il y aurait un manque de reconnaissance pour les enjeux sociaux qui sont présentés dans ces programmes et activités. Les parents seraient généralement absents des initiatives entreprises par les professeurs. Ceci pointerait vers un manque de dialogue entre les écoles et la communauté dans l’élaboration et la mise en place de projets dédiés à l’éducation à la citoyenneté en milieu scolaire.

Cette discussion a mené vers une tangente sur le rôle de l’institution scolaire pour l’éducation à la citoyenneté des minorités et des personnes moins privilégiées. À certaines reprises, les propos des membres du groupe semblaient soutenir l’idée qu’il existe une opposition des principes d’éducation à la citoyenneté entre les milieux scolaires et certaines familles. Pendant que certaines personnes croyaient que l’institution scolaire offre une opportunité aux enfants de prendre des distances avec la famille, le point de vue selon lequel ceci pourrait être problématique a aussi été évoqué.

Bien que tous concèdent que ce ne sont pas tous les enfants qui profitent d’une éducation parentale égale, un questionnement sur les fondements moraux de l’éducation à la citoyenneté en milieux scolaires a été évoqué. S’agit-il d’une bonne manière d’intégrer les enfants issus de familles immigrantes? Pourrait-elle permettre d’égaliser les conditions éducatives des enfants issus de milieux moins favorisés? Est-il souhaitable que l’école participe à distancer les enfants de leurs origines sociales? Sur quoi cette éducation s’appuie-t-elle? S’agit-il de valeurs partagées par tous ou sont-elles imposées par un groupe dominant?

Il semblerait donc qu’en plus des manques de coordination, de volonté et d’intérêt associé à l’éducation à la citoyenneté, une réflexion sur le bien-fondé de tels projets et leur déploiement devrait être entamée. Si certaines familles sont mal équipées pour offrir une éducation à la citoyenneté à leurs enfants, est-ce le rôle de l’école de le faire? Est-ce que ces différences familiales sont le symptôme d’un manque social qui provoque des inégalités qui se reflètent jusque dans la participation citoyenne?

 

Synthèse d’une discussion en petit groupe, par Martine Rondeau, étudiante à la maîtrise en sociologie, Université d’Ottawa

 

« Qu’est-ce qui manque dans les pratiques existantes à l’école et à l’extérieur de l’école? »

 

D’abord et avant tout, on note un manque de ressources et de financement pour l’éducation à la citoyenneté dans les écoles. Les enseignants sont peu outillés pour enseigner l’éducation civique, créant une forme de résistance de leur part (manque de volonté d’entreprendre une tâche si exigeante) et une mise en doute des enseignants par le public général de leurs compétences à enseigner un tel cours. En effet, lors de leurs formations en tant qu’enseignants, l’éducation civique n’y est pas intégrée ou n’apparaît pas comme prioritaire. Il semble donc nécessaire d’avoir une formation en éducation civique pour les enseignants. Il fut suggéré lors de la discussion à la table d’ajouter une formation en éducation à la citoyenneté dans la formation générale des enseignants, qui peut être organisée par des spécialistes et un travail interdisciplinaire (par exemple, il serait profitable de demander à un politologue comment il faut parler de l’éducation à la citoyenneté dans les écoles).

 

On note aussi une absence d’un programme d’éducation à la citoyenneté dans certaines écoles : on parle très peu de citoyenneté et de l’importance ou de la responsabilité des jeunes à la participation citoyenne. Il serait important de discuter avec les jeunes de l’impact de leur engagement citoyen, soit dans les processus décisionnels ou les actions communautaires afin que ceux- ci ne soit pas autant désillusionnés ou désintéressés par la participation citoyenne. Aussi, le curriculum scolaire est très chargé à l’avance : il y a donc un manque de temps ou une difficulté d’intégrer l’éducation à la citoyenneté dans les horaires des étudiants. Cette matière est soit introduite rapidement au sein d’autres cours (comme l’histoire) ou complètement délaissée.

 

On discute de l’intérêt de faire des activités dans le cadre du programme d’éducation à la citoyenneté qui pourraient encourager l’intérêt des étudiants à la participation citoyenne. Par exemple, il serait pertinent de faire des cours de simulations d’élections ou de citoyens en herbe. Cependant, il faut aussi assurer une distribution égalitaire de ces programmes partout au Canada- on note un manque d’égalité de l’éducation à la citoyenneté entre le Québec et le reste du Canada.

 

Synthèse d’une discussion en petit groupe, par Sophie Théwissen-LeBlanc, étudiante à la maîtrise en étude des femmes, Université d’Ottawa

 

« Qu’est-ce qui manque dans les pratiques existantes à l’école et à l’extérieur de l’école? »

 

  • Il y a un gros problème d’arrimage entre le scolaire et le communautaire.
  • Causes : trop d’offres de la part du communautaire et manque de temps et de moyens de la part des enseignants. Le communautaire et le scolaire souffrent de problèmes de budget aussi, le financement est manquant.
  • L’éducation à la citoyenneté est un des mandats des enseignants, mais ils ne sont pas toujours aptes ou motivés à le faire. Le communautaire aurait beaucoup à offrir en éducation à la citoyenneté et pourrait remédier aux lacunes.
  • Solutions : changer le fonctionnement et les mentalités du monde scolaire, permettre plus de flexibilité. On fait trop d’éducation en silos, on se concentre sur la performance académique à travers les notes (quotas, standards) et il y a une primauté de certaines matières à l’école (français, mathématiques), au détriment des véritables besoins des étudiants et de la société. Il faudrait intégrer des éléments comme l’éducation à la citoyenneté à d’autres matières (ex. : on pourrait apprendre le français par l’éducation à la citoyenneté). Alléger la charge des enseignants permettrait aussi qu’ils consacrent davantage de temps à l’éducation à la citoyenneté et qu’ils ouvrent les portes aux communautaire.