BLOC 1 : Discussions

Synthèse d’une discussion en petit groupe, par Mathieu Samson-Savage, étudiant au doctorat en sociologie, Université d’Ottawa

 

Quelles sont les compétences et connaissances que doivent avoir les citoyens pour participer à une démocratie en profonde transformation?

 

La citoyenneté doit passer par l’authenticité et la reconnaissance pour qu’elle soit réellement démocratique, ont affirmé un des groupes de participants rassemblés autour de la question « Quelles sont les compétences et connaissances que doivent avoir les citoyens pour participer à une démocratie en profonde transformation? ». Selon eux, les citoyens et l’éducation à la citoyenneté doivent véhiculer ces valeurs. C’est ce qui permettrait aux individus de vivre librement, d’échanger avec les autres, et de devenir des citoyens à part entière.

 

L’expression d’authenticité et de la reconnaissance doit être faite dans un contexte qui favorise l’échange et qui permette aux individus de s’exprimer et d’être écoutés, sans quoi une personne serait incapable d’adopter ces valeurs et de participer à la société. Selon le groupe, plusieurs problèmes sociaux actuels seraient provoqués par des milieux qui ne reconnaissent pas l’individualité de chacun.

 

Autant pour les enfants que pour les adultes, les milieux qui permettent l’expression de soi et qui sont reconnaissants des individus ont été identifiée comme un facteur central d’une éducation citoyenne « réussie ». Les milieux de travail où les cadres saluent les employés et sont reconnaissants de leur travail ont été mentionnés. De la même manière, les écoles où les enfants sont salués par les professeurs et la direction dans le corridor sont aussi perçues comme des milieux qui offrent de la reconnaissance et qui offrent de la place pour l’expression de soi.

 

Ultimement, ces valeurs sont les éléments fondateurs d’une citoyenneté réellement démocratique puisqu’elles permettent à chacun de s’exprimer et d’être à l’écoute de l’autre. C’est en prenant la parole et en sachant qu’elle sera entendue que l’individu peut devenir un acteur social et participer à une société réellement démocratique. Brieg Capitaine dit même qu’ « enlever la citoyenneté, c’est enlever le droit de parole ». Ceci semble souligner l’importance de l’individualité pour la démocratie. Sans la parole, l’individu deviendrait membre d’un tout qui s’impose sur lui, qui ne lui permettrait pas de participer activement à la société et d’y laisser sa marque.

 

De manière intéressante, cette prise de parole a été mise en opposition à la socialisation qui s’opère dans les milieux scolaires. L’inculcation d’une docilité freinerait le développement d’individus authentiques. Pour devenir de bons citoyens dans des démocraties en mouvement, les jeunes devraient donc être exposés à des milieux qui leur permettent d’être critiques de leur environnement sans peur de répression ou de correction. Plus particulièrement, les écoles doivent permettre aux étudiants de s’exprimer, même si le message véhiculé ne correspond pas aux normes et aux standards de l’institution.

 

Ceci dit, l’étudiant ne peut s’exprimer sans l’information et le vocabulaire nécessaires. Voilà pourquoi l’éducation est centrale au développement de citoyens engagés selon certains. Pour qu’un individu prenne la parole, il doit premièrement comprendre ce sur quoi il s’exprime, et doit être capable d’exprimer ses pensées par des mots. Le rôle de l’éducation dans cette optique serait donc d’offrir un espace sécuritaire d’expression de soi qui a le mandat d’informer pour permettre aux jeunes de participer aux discussions. Il s’agirait d’un milieu qui permettrait l’échange; les conflits constructifs.

 

La reconnaissance de la valeur du conflit comme agent de construction semblait être un point central de la discussion. En puisant dans les propos de Michel Sasseville sur l’importance du conflit dans la philosophie pour enfant, le groupe semblait être d’avis que la démocratie était avant tout la possibilité du conflit et l’affrontement des idées. Le « bon »citoyen est donc celui qui est capable de participer à ces conflits dans le but de faire avancer une cause et d’agir sur la société. Il est capable de s’exprimer, mais est aussi capable d’écouter l’autre pour comprendre son point de vue.

 

Dans certains cas, le conflit, identifié par la prise de parole en opposition à quelque chose, pourrait même agir comme rite de passage. Par exemple, le Printemps érable a été évoqué comme un événement qui a permis à plusieurs jeunes québécois de prendre une place dans la société, de devenir des citoyens actifs. En se levant devant ce qui était perçu comme une injustice, ces jeunes ont participé au processus démocratique, ont pris la parole, et ont pris leur citoyenneté en main. Leur refus de se conformer et leur désir de se faire entendre ont généré une discussion nationale sur les frais de scolarité et le rôle de l’éducation postsecondaire aujourd’hui.

 

Une telle participation sociale n’est possible que dans des contextes scolaires et extrascolaires qui sont reconnaissants de l’individualité de chacun et qui permettent des échanges authentiques. Ceci commencerait par la présence d’un système éducatif qui libère les jeunes en leur donnant l’information nécessaire et les outils pour l’expression de soi. La présence d’espaces d’expression de soi semble aussi être un prérequis pour que cette prise de parole soit permise et entendue. Elle est centrale à la démocratie et à la formation de citoyens engagés puisqu’elle permet l’expression de cette citoyenneté.

 

 

Synthèse d’une discussion en petit groupe, par Martine Rondeau, étudiante à la maîtrise en sociologie, Université d’Ottawa

 

« Quelles sont les compétences et connaissances que doivent avoir les citoyens pour participer à une démocratie en profonde transformation? »

 

Tout d’abord, nous notons l’importance de la collaboration : quand tout le monde contribue, le résultat est favorable. Pour collaborer, il est nécessaire d’intégrer tous les milieux (quand on parle d’éducation citoyenne, il faut s’assurer d’intégrer le milieu universitaire, scolaire et communautaire). Également, pour une collaboration fructueuse, des rapports de confiance et des liens de réceptivité sont considérables. Un citoyen qui sait collaborer doit aussi faire preuves d’autres qualités comme l’humilité et l’empathie, l’authenticité et l’ouverture d’esprit. Nous soulevons aussi qu’un citoyen doit être bien informé et doit savoir communiquer efficacement. Une absence de ces qualités peut causer des entraves à la citoyenneté.

 

Puisque nous discutons de l’éducation à la citoyenneté, il va de soi que des qualités reliées à l’éducation et l’apprentissage soient mentionnées. L’apprentissage et la compréhension, surtout vouloir et savoir comment apprendre et comprendre sont des qualités de citoyens à privilégier. Ceci sous- entend qu’un citoyen puisse réfléchir, discuter et remettre en question : par exemple, pouvoir aborder la citoyenneté et la démocratie différemment. Delà la pertinence de la qualité de l’imagination et de la curiosité. En effet, un citoyen devrait être en mesurer de penser à un monde différent.

 

L’ensemble des qualités citoyennes nommées lors de la discussion reviennent à une qualité qui semble centrale chez les citoyens : pouvoir et vouloir changer les choses. Nous estimons important d’encourager les citoyens d’avoir le désir d’agir.

 

 

Synthèse d’une discussion en petit groupe, par Sophie Théwissen-LeBlanc, étudiante à la maîtrise en étude des femmes, Université d’Ottawa

 

« Quelles sont les compétences et connaissances que doivent avoir les citoyens pour participer à une démocratie en profonde transformation? »

 

  • Il faut mettre les qualités et compétences en équilibre. En plus de l’esprit critique, il faut l’autocorrection, l’humilité, la capacité d’écoute active.
  • Il faut aussi développer la capacité à proposer des alternatives, des solutions, des pistes de changement, pas seulement à déconstruire l’argument de l’autre. Il faut construire.
  • L’expérience commune est importante aussi, se réunir avec d’autres, c’est manquant aujourd’hui. La table ne s’entend pas sur les médias sociaux, je (Sophie) propose qu’ils ont quelque chose à offrir, mais les autres partagent l’idée qu’il faut plutôt éloigner les jeunes de l’écran pour qu’ils se réunissent en personne, que le physique est nécessaire, supérieur.

 

Synthèse de la plénière, par Martine Rondeau, étudiante à la maîtrise en sociologie, Université d’Ottawa

 

Au retour en plénière, il fut évoqué, d’abord et avant tout, avant même de déterminer quelles sont les qualités citoyennes les plus importantes, il faut savoir questionner la citoyenneté : qu’est- ce qu’un citoyen. Cette capacité de réflexion, ne se résume non seulement au citoyen ou à la citoyenneté, mais doit également se faire sur la Cité. C’est suite à ce questionnement qu’il est alors possible de réfléchir sur les qualités citoyennes importantes.

 

Des conditions préalables semblent nécessaires pour développer ses qualités de « bon citoyen ». Entre autres, il y a la bienveillance, l’ « amour radical », la soif de la justice sociale, l’écoute active et le cadre de référence de l’Autre. Tout cela amène à prendre en considération les déterminants sociaux, les appartenances et les cadres de réflexion des citoyens; de se transformer en relation avec l’Autre. Bref, il s’agit de faire preuve d’authenticité et de reconnaissance, et l’absence de ces qualités chez les citoyens peut engendrer des difficultés.

 

Autres qualités citoyennes à soulever sont le désir d’éveiller la conscience (auto- critique et auto- questionnement), la curiosité et la réflexion, la capacité de construire et déconstruire, savoir discuter et coopérer. Il fut également mentionné que certaines qualités citoyennes doivent aujourd’hui être davantage développées (car il semble avoir un manque), telles que le sentiment d’appartenance et l’empowerment.